Puisque le ciel est sans échelle. Dessins d'Arthur Goldschmidt au camp de Theresienstadt

Collection : Hors collection
Prix : 30,00  €
Date de parution : 7 mai 2015
ISBN : 978-2-35428-096-3
240 x 210 mm à l'italienne
228 pages

Theresienstadt est le nom allemand de la ville tchèque de Terezìn située au nord de Prague. Forteresse militaire construite par les Habsbourg au xviiie siècle, elle doit son nom à l’impératrice Marie-Thérèse. À partir de 1941, cette ville de garnison devient un camp de concentration où sont enfermés de novembre 1941 à mai 1945 environ 140 000 juifs. C’est un lieu de regroupement et de transit vers Auschwitz et d’autres camps d’extermination. Les nazis en font un camp-ghetto présenté à l’opinion publique internationale comme une ville où la vie est normale : scolarisation, activités sportives et artistiques, concerts, spectacles, conférences… Des écrivains, musiciens, peintres, diplomates, scientifiques, juristes, universitaires mondialement connus sont enfermés à Theresienstadt. Un documentaire de propagande y est réalisé en 1944, Der Fu?hrer schenkt den Juden eine Stadt (Le Fu?hrer offre une ville aux juifs), dont le réalisateur Kurt Gerron est déporté à Auschwitz après le film.
En juin 1944, le camp reçoit la visite d’observateurs du comité international de la Croix-Rouge. Une mise en scène est organisée et le délégué Maurice Rossel rédige un rapport favorable.
Les conditions de vie dans ce ghetto sont en fait effroyables : sur les 140 000 internés, plus du quart décèdent sur place et 88 000 sont déportés vers Auschwitz ou d’autres camps d’extermination. Environ 17 000 personnes survécurent.
Par sa complexité, ce lieu continue d’interroger historiens, journalistes, artistes et cinéastes, dans l’actualité de la recherche autour de la libération des camps. Ainsi, le livre d’Annette Wieviorka, 1945. La découverte (Seuil, 2015), le film Le dernier des injustes de Claude Lanzmann (2013) consacré au dernier doyen du Conseil juif de Theresienstadt, le rabbin Benjamin Murmelstein ou l’opéra Der Kaiser von Atlantis (2014, mise en scène Louise Moaty) que le compositeur Viktor Ullmann avait écrit en 1943 à Theresienstadt.
Arthur Goldschmidt est né à Berlin le 30 avril 1873. Comme tout enfant de la bourgeoisie aisée du XIXe siècle, il apprend le dessin. Après des études de droit, il devient conseiller à la cour d’appel de Hambourg.
Issu d’une famille juive convertie au protestantisme, il est déclaré juif d’après les lois nazies. En juillet 1942, il est déporté à Theresienstadt où il devient le pasteur de la communauté évangélique. Il meurt chez lui à Reinbek le 9 février 1947.
Durant sa détention, il réalise un ensemble de dessins qui seront conservés par la famille. Son fils, l’écrivain et traducteur Georges-Arthur Goldschmidt, décide en 2011 de confier ces dessins au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation où ils sont désormais conservés.
Les dessins d’Arthur Goldschmidt sont réalisés d’une part dans un petit carnet à couverture noire et d’autre part sur des feuilles volantes, au verso de documents de l’administration du camp.
Portraits, scènes de la vie quotidienne, bâtiments, paysages forment un corpus d’environ 120 dessins au crayon graphite et à la pierre noire. Cet ensemble, avec ses qualités esthétiques et documentaires, apporte un éclairage inédit sur Theresienstadt.
Le livre propose plusieurs entrées : art, histoire et littérature.
En introduction, l’historienne Annette Wieviorka, spécialiste de l’histoire de la Shoah, apporte des éléments d’explication sur le fonctionnement du camp de Theresienstadt, mal connu en France.
Les écrivains Marcel Cohen, Guy Pimienta et Roger-Yves Roche proposent une approche littéraire très précise des dessins d’Arthur Goldschmidt, que Georges-Arthur Goldschmidt, Guy Pimienta et Roland Baroin présentent en ouverture du livre.
Cet ouvrage, par sa forme épurée, ses tons doux, ses qualités d’impression et de façonnage traduit avec sobriété le sentiment d’inquiétante tranquillité que suggèrent ces dessins, comme l’ombre d’un doute : « J’en craignais la beauté d’exécution, et le caractère parfois presque “idyllique” des paysages pouvait créer, me semblait-il, un véritable malentendu », écrit son fils Georges-Arthur Goldschmidt.